Julie Chapon, cofondatrice de l’application Yuka, se met à table

, par Christophe Juppin

Faire ses courses armé d’un smartphone pour se repérer dans la jungle des étiquettes alimentaires, c’est désormais chose courante. Yuka est une appli qui permet de scanner le code barre des produits alimentaires afin de connaître leur impact sur la santé. Derrière l’application française Yuka, un trio de trentenaires dont une femme : Julie Chapon. Portrait.

L’utilisation de l’innovation technologique au service de l’innovation sociale a donné naissance aux entreprises sociales de l’écosystème « Tech for good ». Parmi elles, Yuka, qui fait partie du secteur clé « Tech for Health » et Entourage du secteur clé « Tech for Inclusiveness » :

Avec son application 100% indépendante, Yuka a pour mission « d’améliorer la santé des consommateurs en les aidant à décrypter les étiquettes des produits afin de faire les meilleurs choix pour leur santé. L’entreprise sociale souhaite « qu’à travers une consommation plus éclairée, les consommateurs aient un levier d’action pour conduire les industriels de l’agroalimentaire et de la cosmétique à améliorer leur offre de produits ».

YUKA : Qu’est-ce que c’est ?

« Yuka c’est une appli qui permet de scanner le code barre des produits alimentaires afin de connaître leur impact sur la santé, on se base sur 3 critères : la qualité nutritionnelle, la présence d’additifs, et la dimension biologique du produit. Si le produit est mauvais, Yuka vous proposera des alternatives de produits similaires, meilleures pour la santé ». Nous avons lancé l’application en janvier 2017 et début octobre nous étions à 350 000 utilisateurs et en décembre à 700 000 utilisateurs (ce qui montre qu’il y une attente et un intérêt sur la connaissance de la composition des produits consommés). En janvier 2018, nous avons atteint 1 million d’utilisateurs !

Nous avons aussi lancé un programme nutrition qui est un programme en ligne qui vise à adopter des habitudes alimentaires plus saines en 10 semaines. « Le gros projet sur lequel on travaille est de lancer l’analyse des produits des cosmétiques et hygiène. Nous avons une très forte demande de notre communauté sur le sujet. L’application sortira en prochainement en 2018 sur iPhone puis Androïd. ».

JPEG - 30.3 ko
Le programme d’accélération de l’EDHEC à Station F accompagne des start-ups à haut potentiel. Nous avons la chance de rencontrer la créatice de Yuka, Julie Chapon, MSc Marketing EDHEC 2011, qui s’est lancée dans l’aventure entrepreneuriale avec François et Benoit Martin.

« On a senti qu’il y avait une vraie demande de transparence de la part des consommateurs ». C’est ainsi que Julie Chapon explique la création de l’application Yuka. Son principe ? Elle déchiffre les étiquettes alimentaires et cosmétiques afin d’obtenir une information claire sur l’impact du produit sur notre santé.

Soit une nouvelle manière de faire ses courses, révélatrice de l’état d’esprit des Français, de plus en plus sensibilisés et échaudés par les différents scandales alimentaires qui ont défrayé la chronique ces dernières années. En témoigne, l’ascension fulgurante de l’application. Yuka recense près de 6,7 millions d’utilisateurs en 20 mois. Quand les créateurs misaient sur 20.000 après la première année de lancement.

"À la base Yuka était une carotte connectée à accrocher au frigo"

«  Le déclic, nous l’avons eu après avoir remporté le concours « Food Hackathon » en février 2016 à la Gaîté Lyrique », explique la jeune femme de 31 ans. «  C’est François Martin, un ami de longue date qui m’a proposé de faire partie de cette aventure, débutée avec son frère Benoit. Pour la petite histoire, à ce moment-là du projet, Yuka était encore un objet connecté en forme de carotte à accrocher à son réfrigérateur  ». En juin 2016, les trois trentenaires participent au Parcours Entrepreneur de Ticket for Change. « C’est l’autre élément déclencheur qui nous a confortés dans l’idée que l’on tenait vraiment un truc  », ajoute Julie Chapon. Elle démissionne de son emploi initial – en cabinet de conseil - peu après le concours, persuadée que le jeu en vaut réellement la chandelle. Idem pour ses deux associés François et Benoit Martin. La carotte connectée devient alors une application mobile. Le nom, lui, reste : Yuka.

Après ce premier concours gagné, l’ascension continue pour les trois entrepreneurs qui remportent successivement le projet de La Fabrique Aviva puis la bourse FrenchTech BPI. Mais cela ne suffit pas encore à faire vivre l’application, qui a un certain coût. « À côté et pour compléter les informations de l’application, nous avons également développé un blog de conseils et de recettes pour réapprendre à manger et un programme nutrition payant ». Le blog comptabilise aujourd’hui 1,2 millions de visiteurs uniques par mois quand le programme nutrition - qui coûte 59 € - compte plus de 3000 abonnés. Autre source de financement pour l’entreprise : les dons. «  Beaucoup d’utilisateurs ont voulu soutenir notre projet. Nous avons donc mis à leur disposition un formulaire de dons sur internet ». À terme, Julie Chapon et son équipe pensent également à rendre leur application payante en proposant aux utilisateurs d’autres fonctionnalités. Entre autre, une nouvelle barre de recherche, un mode hors ligne accessible ou encore des alertes personnalisables. En revanche, quand on évoque un éventuel rachat par un industriel, la jeune entrepreneure est formelle : « cela n’aurait plus aucun sens. Je préférerai mettre la clé sous la porte  ».

JPEG - 38.9 ko
Julie Chapon et les frères François et Benoit Martin sont trois entrepreneurs qui ont choisi de changer de vie pour vivre leur passion et avoir un impact positif sur la société. Ensemble ils ont créé Yuka, une application qui vous permet de scanner vos produits alimentaires, d’obtenir une information claire sur leur impact sur votre santé et de vous proposer des alternatives plus saines.

Un tournant, dans la vie de Julie Chapon

Et pourtant, il y a encore à peine un an, Julie Chapon était loin d’être la fervente défenseure des consommateurs qu’elle est devenue aujourd’hui. Ses journées d’avant ? « Une vie tranquille, bien rangée, avec des horaires cool et un bon salaire ». Après son baccalauréat, ne sachant pas dans quelle direction s’orienter, Julie Chapon amorce des études en école de commerce, à l’EDHEC. Diplôme en poche, elle travaille alors dans des problématiques de transformation digitale pour plusieurs grands groupes de conseils comme la SNCF ou Europe Assistance. « Sans être une grande passionnée par cette profession, à l’époque, cette vie-là me convenait », raconte-t-elle. Même si au beau milieu de cette routine, elle déplorait le fait de ne pas vraiment avoir « de raison de se lever le matin  ». Chose, qui a complètement changé depuis Yuka. « Aujourd’hui, en plus de savoir que je travaille pour une cause utile je fais du design, du graphisme, du marketing, je gère les relations presse et j’ai même quelques notions de code », s’enthousiasme-t-elle. Alors oui, s’il a fallu s’accrocher financièrement dans les débuts pour pouvoir continuer à mener à bien ce projet – surtout pour Benoit, père de trois enfants -, aujourd’hui le succès de l’application conforte Julie Chapon dans son idée : « cela en valait la peine ».

Concrètement, comment fonctionne Yuka ?

Avec son scan-code, l’application traque, les additifs, perturbateurs endocriniens, graisses saturées ou encore taux de sucre et de sel trop élevés et les classe en quatre catégories « excellent », « bon », « médiocre » ou « mauvais ».

Publié par Anne-Laure Mignon le 17 octobre 2018 dans madame.lefigaro.fr

Résultats d’une étude d’impact du 26 septembre 2019 menée auprès de 230 000 utilisateurs et 21 industriels.
Voici 3 chiffres clés tirés de l’étude :Retour ligne automatique
• 92% des utilisateurs reposent les produits mal notésRetour ligne automatique
• 83% achètent moins mais de meilleure qualité


Pour en savoir plus :

 Julie Chapon, cofondatrice de l’application Yuka, se met à table le 17 octobre 2018
 « Tech for Good » : la technologie mise au service du bien commun et des objectifs de développement durable le 26 mars 2020
 Le projet d’Iléna pour changer le regard sur le handicap le 03 janvier 2021